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27/03/2007

Ségolène Royal : Le meeting de l'intérieur

Comment aborder un meeting de Ségolène Royal coincé entre un photographe et un cameraman ? 

 

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Je l'avais noté sur un Post-it avant de partir en vacances.

Meeting Royal Dôme 22 mars. Heure ?

Le problème avec les "gros évènements" ou les "personnalités", c'est qu'il vaut mieux préparer sa venue à l'avance, sous peine de se faire refouler à l'entrée. Envoyer un fax ou passer un coup de fil à l'attachée de presse pour se faire accréditer évite bien souvent de longues négociations avec un vigile ou pire, un militant chargé pour un soir du maintient de l'ordre, aussi zélé que fier de son brassard "sécurité". J'appelle donc M., attachée de presse d'un élu PS local histoire de préparer un peu le terrain et surtout d'avoir les horaires. "Appelle-moi si t'es coincé à l'entrée".

Voilà qui est réglé, malgré le fait que les évènements "nationaux" se résument toujours pour les élus locaux, comme pour la presse locale par un impitoyable "Paris prend le relai".

18h30, j'approche du parvis du Dôme, la "grande" salle de concert marseillaise située à côté du siège du conseil général (PS), un bâtiment informe et bleu pétard, régulièrement assailli par des sapeurs-pompiers en colère. Un écran géant (ou presque) y a été installé, mais pour l'heure, des milliers de militants font la queue devant les grilles du Dôme. D'ailleurs, il n'y aura pas assez de place pour tout le monde (d'où l'écran). L'ennui, c'est que lorsqu'il y a foule, la vigilance à l'entrée est accrue. Heureusement, l'entrée presse est située à l'arrière du bâtiment, plus ou moins bloquée par les autocars de militants. Je passe la grille et file droit devant, d'un pas assuré comme si je savais où j'allais. Les vigiles sont occupés quelques secondes par des militants perdus. Direction ce qui semble être une arrière-salle de presse. Le temps d'avaler un gâteau et de lancer quelques "salut tu vas bien ?" la main tendue et me voilà reparti. Il me faut trouver la "vraie" salle de presse pour récupérer un badge.

Dans la fosse, à quelques mètres de la scène où se "produira" Ségolène Royal d'ici une bonne demi-heure, sur la gauche, des rangées de tables équipées de lampes de bureau, de prises et de sorties audio ont été installées. La salle de presse. A l'entrée, deux attachées de presse derrière un bureau, l'une assise, l'autre debout, distribuent les accréditations, rayant au fur et à mesure les noms des journalistes sur leur listing.

Je ne suis pas accrédité (à moins que M. ait oeuvré), mais peu importe, le scénario est toujours le même. Je vais m'avancer vers elles avec un petit sourire et un air assuré (comme le pas), celle qui est assise va lever la tête en souriant tant dis que l'autre discutera avec quelqu'un d'autre. "Bonjour - Bonjour, votre nom ? - Flo". Elle va survoler la liste de noms avec son stylo, tourner les pages sans me trouver puis conclure : "Vous n'êtes pas sur la liste - Ah ? (l'air surpris) - On a du vous oublier, redonnez-moi votre nom ? - Ca arrive. Flo". Il y a toujours quelques alvéoles libres en bout de liste "Nom-Prénom-Média" pour les "oublis".

Le badge autour du cou, je peux enfin m'installer et déballer les boitiers. Devant la scène, quelques photographes et cameramen attendent la maîtresse de cérémonie. AFP, AP, Reuters, Réa, indépendants locaux, parisiens ou étrangers, Nikonistes ou Canonistes, ils sont tous là. Les "VIP" sont déjà installés aux premiers rangs. Michel Vauzelle, président du conseil régional (PS), Edmonde Charles-Roux, veuve de l'illustre Gaston Deferre et surtout Jean-Noël Guérini, le tout puissant président du conseil général, à peine remis d'une opération à coeur ouvert. Amaigri et visiblement affaibli, le "baron du PS" local fera tout de même un court discours, la voix chancelante, avant l'arrivée de Royal. A côté de lui, une place vide, celle de Stéphane Pocrain. L'ancien chroniqueur de Laurent Ruquier a rejoint  la tribune et entame un discours remarquablement long. Passé de On a tout essayé au militantisme médiatique, il a gardé cet inébranlable 1er degré transpirant d'ambition politique que ne peux plus tempérer la bande à Ruquier. "C'est qui lui déjà ? C'est pas le black de Ruquier ?" demande un photographe, remarquant sa présence derrière le pupitre "Regarde la brune au fond." répond un confrère, mitraillant un groupe de jeunes militants au 200mm. Cheveux longs, robe sombre, la brune en question a vite fait d'attirer les flashs, levant bien haut et très longuement son panneau "Ségolène Royal présidente" à bras tendus tout en regardant droit devant elle, comme songeuse, sans sourire.

Le staff du parti commence à s'agiter, ses responsables s'agitent et déballent la corde. "Il va falloir reculer". Lentement, les journalistes se regroupent et reculent péniblement face a une corde tendue par les organisateurs. "Ca va, on est assez loin là !", lance Claude en agitant son boitier. "Encore 2 mètres" répond le G.O. du PS, un sourire en coin. Le groupe s'éxécute en grognant. "C'est bon là ? - Mmm...Encore un peu" Le G.O. a décidé de contrarier, mais nous sommes forcés d'obéir. "C'est la dernière fois que je fais un meeting, on ne peut pas travailler dans ces conditions - Ils nous prennent vraiment pour des brebis ! - Venez on se casse." La grogne s'intensifie lorsque le G.O. se place face à nous. "Laissez travailler les photographes !" hurle Serge, excédé et coincé par son sac à dos. La "ligne de front" se stabilise enfin et chacun s'organise "Décale un peu ta tête - Tu peux te baisser plus ? - Ecarte toi un poil...voilà". Le premier rang s'est accroupi et derrière lui, chacun a aménagé un peu de place pour son objectif.

Ségolène royal va parler pendant plus  d'une heure, mais chacun veut avoir des images de son arrivée, puis de ses premiers mots, comme si elle risquait de disparaître d'un coup. Après quelques minutes de discours, le front d'objectifs se fait moins dense. On change d'angle, respire un peu à l'arrière avant de retourner sous la scène, prendre son tour auprès des G.O. pour passer de l'autre côté, à tour de rôle. Changer d'angle, mais pas trop. Les zones de prise de vue sont parfaitement délimitées et toute tentative d'écart se solde par un "Non, reculez" fermement lancé par un organisateur.

Pas de chance, les deux micros du pupitre ne fonctionnent plus. Après quelques tentatives, un micro sans fil est immédiatement tendu à la candidate du PS. Elle le tient près du menton, mais de là où nous sommes, dans la fosse, il cache régulièrement le bas de son visage. Sous le pupitre, trois verres d'eau de modèles différents sont remplis à ras-bord et le resteront jusqu'à la fin du discours. J'imagine Royal s'arrêter soudain pour en vider un puis reprendre son discours. Ségolène Royal est plutôt statique pendant ses discours, se penchant un coup à droite un coup à gauche, tournant la tête de temps à autre, mais jamais plus, les mains rivées au pupitre. On est très loin du gesticulant Nicolas Sarkozy. La candidate du PS s'aventurera quand même à quelques furtives levées de bras à la fin de son discours pour saluer son public, mais la gêne est perceptible. L'effort pour lever les bras parait immense et ils retombent aussitôt, comme si elle craignait de déchirer sa veste. Les différentes expressions faciales de la candidate capturées entre deux passages de micro, j'ai donc maintenant tout le loisir de m'attarder sur les détails. Pas d'escarpins à fleurs ce soir, mais une veste rouge avec une petite boucle métallique dans le dos. L'alliance... Difficile malgré tout de rester attentif à son discours le nez dans mon boitier. Des bribes parviennent régulièrement à mes oreilles. Le mot "Juste" notamment... Mais je lirai tout ça plus en détail demain matin. 

Vient l'heure de la Marseillaise. Toute la salle entonne un "allons enfants" un poil décalé, mais Royal ne chante pas, elle parcourt lentement la salle des yeux avec un sourire impassible. Une fois de plus elle semble gênée. La Marseillaise face à 8000 personnes, c'est sans doute très long lorsqu'on ne la chante pas.

21h. Descente de la scène, bain de foule, panneaux, cornes de brume, MJS en extase. Je quitte les lieux après un second gâteau dans l'arrière-salle de presse...

Commentaires

ah avec toi flo, c'est toujours comme si on y était!!

ps: "levées de bars" ;o)

Écrit par : LN | 26/03/2007

Non, pas de, pas de ouh.

Écrit par : K_Snap | 26/03/2007

et hop, de l'autre cote du rideau.
merci

Écrit par : paquita | 26/03/2007

Hé ben, tu dois avoir des post-it taille XL... :p

sérieux, pour un néophyte complet comme moi, fondu dans la masse du commun des mortels, et qui donc n'approche les personnalités de ce monde que... on va dire jamais, et qui de surcroît ne connait rien au monde du journalisme, j'ai trouvé ce petit mot très vivant et intéressant !

Écrit par : Damien | 16/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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