Avertir le modérateur

15/12/2006

Marseille, porte du Nord

Lorsque l'on s'occupe des pages Quartiers, si chères à nos petits vieux (après la nécro, bien évidemment) on est amené à se rendre dans tous les quartiers, que ce soit pour tester un club de jazz à proximité du Vieux port et accessoirement sa carte des whisky, ou pour relater une sardinade (ou l'incendie) du centre social d'une cité du 15-16, et accessoirement s'y retrouver coincé aux environs de 23h (un plan moyen testé pour vous).

Or, les sujets abondent particulièrement dans les quartiers pudiquement qualifiés de "sensibles". 

On est donc amenés à s'y rendre plus souvent.

 

A Marseille, il y a les quartiers Nord, bien connus, et les quartiers Sud. Il y a même des quartiers Nord dans le Sud (la Cayolle). Ainsi, il ne faut pas trop vite se rejouir  lorsque l'on tient un sujet dans le Sud.

 

Contrairement aux quartiers Nord...du Nord, cet ancien bidonville ne comprend que quelques tours seulement. Le reste est constitué de copropriétés et résidences plus ou moins délabrées et séparées par des terrains vagues sur lesquels on rencontre parfois un véhicule désossé ou calciné. Le long des rues, c'est à qui bâtira le mur le plus haut, si bien que certaines voies ressemblent plutôt à des tunnels à ciel ouvert. Le tout s'accompagne d'un silence presque dérangeant et de l'absence de toute vie humaine, aux environs de midi, si l'on excepte quelques groupes de personnes affairés autour de quelque scooter, que par expérience, j'évite soigneusement.

Ce n'est qu'une fois le lieu du reportage atteint et le contact établi avec les personnes concernées (souvent l'affaire d'un centre social ou d'une association) que la vie réapparait. On y rencontre alors souvent de véritables personnages (ça vaut pour toutes les cités), des hommes et des femmes peut-être plus "humains" qu'ailleurs.

 On en revient quelque fois ému, parfois même enthousiaste...Jusqu'à ce que la comm' s'en mêle...

 

Kallisté, 15ème arrondissement. Changement de plateau, le décor reste à peu près le même car Marseille à ceci de particulier que ses cités les plus pourries se trouvent dans les cadres les plus superbes (ou presque) : Premières collines du massif des calanques (Sormiou est d'ailleurs toute proche) au Sud, vue imprenable sur la ville et la Méditerranée au  Nord. 

Située derrière l'hôpital Nord, cette cité bâtie au début des années 60 est composée de 9 sinistres bâtiments abritant plus de 3 000 habitants sur 8 hectares. L'ensemble forme des copropriétés privées gérées par des syndics avec un succès discutable.

Aujourd'hui, il y a de l'animation au pied des tours. Associations, habitants, journalistes et surtout élus sont conviés à l'inauguration d'un "espace sportif et ludique". Un petit terrain de foot avec gazon synthétique aux airs de moquette usée, toboggan (l'occasion de découvrir que ce mot prend deux "g") et un improbable terrain de boules. La dernière fois que j'ai entendu parler de pétanque dans ce genre d'endroit, la partie s'était jouée à la verticale et le cochonet avait un casque. 

Mais lorsque j'apprends que le coût du projet s'élève à 159 285 €, outre le fait que je préfère les comptes ronds, il me vient un doute. Suis-je au bon endroit ? Etonnamment oui. La moquette usée devait appartenir à quelqu'un de connu.

 

Comme d'habitude, le temps des discours arrive et tous s'organisent rapidement pour fixer un ordre "d'apparition". La mairie n'est pas représentée alors qu'elle devait l'être. Les représentants du conseil régional, appuyés par ceux du conseil général en profitent pour tacler généreusement l'absent à coup de petites phrases assassines, prenant un air révolté et feignant l'accès de franchise incontrôlé, le tout en espérant que l'essence de leur prose vitriolée sera rapportée dans la presse en plus raffiné (peine perdue).

Ainsi, lorsque l'on s'entend dire "C'est la différence entre faire de la comm' et agir concrètement ! Nous, nous sommes là, nous faisons ce que nous disons et suivons chaque affaire jusqu'à sa concrètisation. Je suis désolé, mais ça soulage de le dire." il faut comprendre "Non seulement ils ont lâché beaucoup moins de blé que nous et se vanteront de leur générosité au moins autant, mais en plus, il ne viennent même pas se faire chier toute une matinée dans cette Zone, à débiter des conneries sur l'avenir radieux de ce trou devant 3 gueux de passage. Et en plus il pleut !"

 

Evidemment, une - charmante - attachée de presse est sur les lieux, fraîchement débarquée de je ne sais où, pour prêcher la bonne parole et souligner la bonté des généreux mécènes. Le dossier de presse est presque attendrissant, avec de grandes idées que l'on prendrait pour naïves s'il ne s'agissait de communication et de concepts relevant plus du marketing que de l'urbanisme :

"Une telle initiative, adaptée aux besoins des jeunes en quête de sens et de repères est, à n'en pas douter, une réponse partielle aux violences urbaines. [...] Marseille se signale encore en accueillant le premier projet d'une nouvelle ère de responsabilité et de citoyenneté"

C'est à peu près ce qu'aurait pu écrire la Nasa pour présenter son projet de station lunaire, bien que tout équipement nouveau puisse paraître extra-terrestre dans "une cité où l'on trouve 5 000 habitants, mais pas un banc pour s'asseoir"...

 

medium_cites_cayollekalliste_di_nocera_047.jpg
Kallisté, élue "Equerre de Plomb 1961" par Marseille en scène

 

Commentaires

Je lis ça pendant que Joey Starr envahit la Starac. Rafraichissant. Après Bret Easton Ellis, Philippe Carrese ?

Écrit par : K_Snap | 15/12/2006

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu